
Le vendredi saint, ont lieu dans toute la Corse des processions particulières et qui diffèrent du Nord au Sud.
Au Nord, ce sont a cerca, a parata, et a granitula.
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A cerca (du verbe circà, chercher) est une procession rurale qui entraîne un vaste déplacement de la population.
Elle s'effectue à l'aube du vendredi saint et se déroule sur un trajet de plusieurs kilomètres, pour s'achever à midi.
Précédée par les enfants, porteurs de crécelles, elle est conduite par les confréries sous la direction du prieur et des sous- prieurs (appelés mazzeri, massiers, dans la région de Brandu). |
Ce terme de mazzeru désigne aussi dans plusieurs villages corses le sorcier.
Les mazzeri portent des mazze (bâtons de confrérie) et sont suivis par les confrères habillés de surplis blancs.
Derrière eux viennent les femmes, habillées de la faldetta, habit cérémoniel fait d'une jupe bleu nuit recouvrant les habits: elle est remontée par l'arrière sur la tête, et devant, retroussée jusqu'à la ceinture comme pour former une poche dans laquelle sont transportées quelques provisions que l'on consomme pendant la longue marche de la cerca.
La faldetta est aussi un habit de deuil et de désolation. Autrefois, les femmes la portaient à l'occasion des funérailles. Dans les sépulcres, la Vierge en deuil en est revêtue.
Pour la cerca, toutes les confréries de la commune de Brandu (Brando) quittent en même temps leurs oratoires respectifs, et visitent les autres reposoirs (sépulcres) de la région. Chaque confrérie effectue donc le même circuit, de sépulcre en sépulcre, empruntant les sentiers qui relient encore les villages. Les processions de la cerca se poursuivent sans jamais se rejoindre. C'est à l'occasion de la cerca que les confréries exhibent le « grand palme » (pullezzula) qu'elles ont tressé les jours précédents, et qu'elles ont fixé au sommet de la croix portée en tête de la procession.
Le tressage de la pullezzula exige une longue préparation : vers la fin de l'été selon les uns, ou au 8 décembre selon les autres, il faut choisir le palmier sur lequel on prélèvera les palmes destinées au tressage.
Les branches du palmier sont liées contre l'arbre afin que le cœur qui poussera à l'intérieur ne verdisse pas. Ainsi protégé, il restera tendre et jaune clair comme l'exigent la coutume et la technique même du façonnage de la pullezzula.
Une semaine avant le vendredi saint, les palmes sont coupées. On les enveloppe dans une toile de sac humide, et on les conserve ainsi quelques jours dans le noir.
Autrefois, on les enterrait mais aujourd'hui, on les place dans un lieu humide et sombre.
Ces tressages sont de véritables œuvres d'art populaire. Le musée d'Ethnographie de Bastia et celui de Cervione possèdent d'ailleurs quelques pullezzule réalisées par le village de San Martinu di Lota (San-Martino-di-Lota).
Un autre type de procession prend place le vendredi saint dans le nord de la Corse; il s'agit de la parafa (du verbe parà, arrêter), dont le terme désigne aussi la haie- obstacle que l'on dresse à l'occasion des rites nuptiaux.
La parafa pasquale a lieu le vendredi saint au soir. Les maisons et les ruelles sont illuminées par des bougies posées sur le rebord des fenêtres et sur les murettes qui longent les rues, dans les anfractuosités des murs.
Si au cours de la cerca, les gens des villages se poursuivent en rond, au cours de la parafa, ils se visitent réciproquement : la parafa se fait entre deux villages.
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Procession à Cortè
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La population du village visité se range le long des murs et forme ainsi deux haies entre lesquelles s'infiltre la procession du village visiteur. On se rend ensuite au sépulcre où l'on chante des chants liturgiques, puis une cérémonie symétrique s'effectue dans l'autre village.
Dans certaines régions comme la Casinca, la rencontre des deux communautés se fait à mi-chemin, au niveau du cimetière. Là, deux processions se réunissent et partagent un repas fait de beignets au riz (panzarotti), de vin muscat ou de vin ordinaire. Cet échange de nourriture auprès des tombes est sans doute un rite de commensalité avec les morts.
La granitula, troisième forme processionnelle en usage le vendredi saint dans le nord de la Corse, achève souvent la parafa. Il s'agit d'une procession en spirale effectuée par les confréries qui, par ce rite particulièrement difficile à exécuter, marquent l'un des temps forts du cycle cérémoniel corse en période de Pâques.
Mais la granitula s'intègre également dans d'autres fêtes du calendrier religieux. L'une des plus célèbres granitule a lieu au 8 septembre, fête de la Nativité de la Vierge, dans le centre de la Corse, au Niolu. Autrefois, on la faisait aussi pour les Rogations, la Saint-Pierre, etc.
Le terme granitula est le même que celui qui désigne un coquillage marin, le bigorneau, car la procession appelée granitula reproduit dans son tracé la forme exacte de sa spirale. Sous la conduite du massier la procession s'enroule sur elle-même jusqu'à former un point compact; puis elle se désenroule jusqu'à former un cercle qui tourne sur lui-même et finalement se défait.
Ces beaux rites traditionnels (cerca, parafa, granitula), accompagnés par des chants aux tonalités très anciennes, font toute la richesse symbolique de la semaine sainte en Corse du Nord.
Au sud, les processions portent le nom de casci et de catenacciu.
i casci (les grandes châsses), ce sont les statues ou reliques des saints qui patronnent les oratoires disséminés dans la ville de Bunifaziu (Bonifacio).
Chaque quartier a sa « chapelle » et sa confrérie : Sainte-Croix, Saint-Erasme, Saint-Roch, Saint- Dominique et Sainte-Marie-Majeure. Les confréries de Bunifaziu représentent chacune un corps de métier (avocats charpentiers, jardiniers, etc.) comme au temps du compagnonnage.
Le vendredi saint, à l'aube, les quartiers de la ville derrière leur confrérie font la visite des reposoirs. A certains points du circuit qui comprend la ville haute et la ville basse s'étalant au pied des falaises, les confréries se croisent, se saluent en silence en faisant toucher leurs bannières puis continuent leur longue marche. A midi, chacune fait son repas rituel au cours duquel on consomme des fèves fraîches et des harengs.
Le vendredi au soir, les confréries sortent les « grandes châsses» (i casci) représentant le saint patron de l'oratoire, et malgré le poids considérable, les portent en procession jusqu'à la cathédrale de Sainte-Marie-Majeure. En somme, les Bunifazinchi (Bonifaciens) font avec leurs statues d'oratoire la même cérémonie que les Capicursini (Cap-Corsins) avec leur pullezzula
Le catenacciu (de catena, chaîne) est une cérémonie qui se déroule en plusieurs points de l'lIe, le vendredi saint. Le plus célèbre est celui de Sartè (Sartène). Il s'agit d'une mise en scène du chemin de croix que le Christ fit pendant sa Passion; on la retrouve dans plusieurs pays méditerranéens, notamment en Espagne où elle est parfois très spectaculaire.
Le catenacciu est littéralement « le porteur de chaînes ». Il représente le Christ. Habillé et cagoulé de rouge, son identité est strictement secrète, car celui qui a choisi de porter la lourde croix et de traîner les chaînes sur le chemin de la Passion est quelqu'un qui expie une faute grave ou qui a le désir désire réaliser un voeux. Il circule ainsi, pieds nus, dans les rues de la ville, il gravit la colline jusqu'au sanctuaire rural où il s'arrête quelques instants, puis revient jusqu'à l'église, suivi par la foule. Il est entouré de neuf compagnons habillés et cagoulés de noir, parmi lesquels on reconnaît Simon de Cyrène qui, de temps à autre, l'aide à porter son fardeau...
Après avoir gravi la colline et être redescendu sur la place de Sartè (Sartène), achève son chemin de croix au pied de l'autel. Là, il s'affale sur sa croix dont le sommet est appuyé contre la table de cet autel. Il tourne le dos au public. Les fidèles qui ont suivi la procession défilent maintenant dans le chœur. Ils s'approchent de lui, le touchent, se signent et s'en vont. Dès lors, la cérémonie est terminée pour le public. Mais le catenacciu est emmené en secret vers la cellule où, pendant trois jours, il est resté enfermé, dans le silence et le jeûne. Il quittera la ville aussi mystérieusement qu'il y est arrivé.
La semaine sainte, en Corse, est une période d'intenses activités religieuses. Une activité qui mêle les traditions chrétiennes. et des rites dont le symbolisme se nourrit à des sources plus archaïques.