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Ribellu, à gauche, au cours d'une distribution de vivres

 

Pour tout le monde, au maquis, il était (u Ribellu)= (Rebelle). Pour les italiens aussi dont il abattra plusieurs hommes. Un surnom qu'il a hérité de son grand-père qui en était affublé (à cause de son caractère de cochon... ).

Lorsqu'il prend le maquis fin 1942, Dominique Lucchini a vingt-quatre ans et sa force herculéenne, son audace, lui valent très vite un rôle déterminant dans l'organisation de la résistance locale.

En 1943, il adhère au PC, met sur pied l'organisation des patriotes autour de San Gavino di Carbini et, à la mort de son ami Jules Mondoloni, Ribellu prend la direction militaire du Bas Tavaro. C'est à ce titre qu'il supervise les opérations de récupération d'armes parachutées par Londres ou Alger.

Fin juin 1943, il se trouve dans la maison de Mlle Beretti à Gualdariccio où Radio-Alger transmet enfin le message tant attendu: « Que Jean retourne au village. Nous irons le voir ce soir. Grand-père dit: Mieux vaut tard que jamais ». En clair, cela veut dire qu'un parachutage aura lieu sur «Jaguar», nom de code de l'hippodrome de Ciniccia près de Levie...

Vers une heure du matin, quelque soixante personnes sont disséminées sur les lieux du parachutage. Pourtant, a prévenu une jeune fille, une trentaine d’ ltaliens sont en poste à San Gavino, à un kilomètre à peine du lieu où ils se trouvent.

Averti de la menace, Ribellu a fait placer six hommes de part et d'autre de la route Zonza-Levie et deux autres sur le chemin qui relie celle-ci au terrain de courses. Ils ont l'ordre d'ouvrir le feu si les Italiens se manifestent...

« Il faut croire que le Bon Dieu était avec nous » se rappelle Ribellu qui ordonne ensuite d'allumer les feux nécessaires au repérage de la zone par l'avion.

Quelques instants plus tard, guidé par les éclairs d'une torche électrique qui indique l'initiale du nom de code du terrain, l'avion largue de huit cents mètres environ ses containers. Presque tous, soit une vingtaine touchent terre, sept à huit cents mètres plus loin, à proximité du hameau de Gualdariccio. Deux containers seulement tombent dans la zone du parachutage, mais leurs parachutes ne s'étant pas ouverts, leurs précieux contenu sera perdu corps et biens. « Une fois les containers localises, poursuit Ribellu, il a fallu envoyer des gens dans toutes les directions pour trouver les ânes et les mulets nécessaires à leur évacuation »

Le travail prend toute la nuit et ce n'est finalement qu'à neuf heures du matin que les fûts contenant les fusils « Mauser » et les pistolets mitrailleurs «Sten» sont évacués et cachés quelque part dans la forêt de chênes de« A Tasciana ».

Ribelle se souvient « Vers 10 heures 30, j'etais avec mes hommes au Giglio, un hameau de cinq ou six maisons, en train de casser la croûte une jeune fille du nom de Dorothee m'appelle au dehors et me tendant une musette contenant une mitraillette démontée plus deux ou trois chargeurs m'explique qu'elle lui a été remise par un Sarde qui l'a trouvée abandonnée sur un chemin. Lorsque je raconte ceci à mes camarades, l'un d'eux réagit violemment, m'expliquant que le Sarde est connu pour ses sympathies à l'égard de ses compatriotes. Il a même précise-t-il, participe, vètu d'un uniforme italien, à des perquisitions chez des patriotes de Levie... A l'unanimité, nous decidons de liquider le Sarde qui risquait de nous vendre à ses compatriotes ». Un jeune homme (dont Ribellu préfère taire le nom) se propose spontanément et hérite de la mission.

Les hommes se séparent et, trois jours plus tard, la postière de Cargiaca informe Ribellu d'un message téléphonique: « L’affaire a été faite, lui dit-elle, mais ajoute- t-elle, il y a eu des problèmes... )

Ce n'est que huit jours plus tard qu'il recevra de ses amis l'explication du message :

Caché à une dizaine de mètres à peine de l'Italien occupé à arroser son jardin, le jeune homme chargé de l'exécution n'ayant pu se résoudre à lui tirer dans le dos : pratique contraire à l'honneur corse, fait volontairement du bruit pour l'amener à se retourner. La décharge de chevrotines atteint le Sarde en pleine tête. Grièvement blessé il réussit à s'enfuir et dépose une plainte pour tentative de meurtre à la gendarmerie de Zoma. Elle n'aboutira pas car son auteur a pris le large...