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Hè Babbu !

«hè a mo figliola ! »,
cette phrase que tu prononces comme pour dire : regardez ! regardez ce que la vie m’a offert ! regardez ce dont je suis fier !
«hè a mo figliola !»

Comme elles furent douces ces années d’enfance sous ton regard inquiet ! Ma main dans ta main douce large et forte, m’a conduite pas à pas à ce que je suis aujourd’hui. Tu m’as appris l’amour au sens large du terme, l’amour de mon pays, avec bien sûr un peu de chauvinisme dans la voix, l’amour des miens, de ceux qui furent, de ceux qui sont et de ceux qui viendront.


Avec tes pistolets à barillet, tes carabines, tu as été mon premier héros, mon Al Caponne, mon Borsalino. Tu n'as jamais tué que le temps.

Tu m’as toujours fait rire et tu n’as jamais pu être très longtemps sérieux. Un soir d’été, j’avais douze ans, nous étions allés tous les deux à la fête du village de Spéloncato.
Toute la soirée tu as bien applaudi Regina et Bruno, tu as un peu dragué Regina, tu as bien chanté avec eux, et surtout tu as beaucoup bu. A la fin de la soirée, tu étais très gai, tu as voulu que Fafa me ramène au village, j’ai refusé, je préférais rentrer avec toi. Je ne voulais pas que tu conduises la moto, j’avais peur que tu nous entraînes dans le ravin.
On est rentré au village a pied ! 5 heures de marche ! tu poussais la moto
, en pestant que j’aurais du rentrer avec Fafa, moi je suivais heureuse d’être avec toi.

Je n’ai pas toujours été tendre avec toi, et j’ai souvent profité de ta faiblesse, pour assouvir mes caprices d’enfant : arriver à l’école les poches pleines de chewing-gum, alors que c’était interdit. Emporter la radio à l’école ; tu m’achetais des chaussures trop grandes, parce que je refusais de sortir de la boutique sans les chaussures que j'avais choisies, et chaque fois c’est toi qui te faisais engueuler.

So disgracciatu dicie, di veru,
Je t’ai fait des chagrins
et des bonheurs aussi : Marie-François et Brunu